Depuis leur redécouverte par les archéologues, les statues en marbre de la Grece antique, exposées sur leur site d'origine ou dans les musées occidentaux, sont admirées dans leur blancheur immaculée. Cette image semble si évidente pour l'eil contemporain qu'on ne songe plus guere a l'interroger. Pourtant, il manque a ces euvres un élément essentiel : la couleur... Depuis les civilisations cycladique et crétoise, au IIIe millénaire avant notre ere, jusqu'aux euvres des périodes archaique, classique et hellénistique, et aux marbres romains qui s'en inspirent, l'archéologie et l'étude des textes anciens attestent en effet que les sculptures et monuments étaient invariablement peints dans des nuances vives, obtenues a partir de pigments comme le bleu égyptien, le rouge de garance ou le vert-de-gris. Pourquoi cette polychromie, si centrale pour les Grecs de jadis, a-t-elle été a ce point oubliée ? Et comment la science permet-elle, aujourd'hui, de retrouver les couleurs perdues de l'Antiquité ? Visions inédites Spectrométrie, microscopie numérique, analyse chimique, intelligence artificielle... : depuis quelques décennies, les chercheurs déploient tout un éventail de technologies de pointe pour traquer les plus infimes traces de pigments dissous par le temps. Ils installent leurs instruments dans les musées et sur les sites archéologiques, et c'est une révélation : la couleur est partout. Les travaux des scientifiques débouchent sur d'ambitieuses reconstitutions numériques - comme au musée de Pergame, qui doit bientôt rouvrir ses portes a Berlin - et, dans certains projets expérimentaux, sur l'exposition de copies peintes ou colorées par des projections lumineuses, en regard des euvres originales. La Vénus de Milo pourra-t-elle un jour retrouver ses couleurs ? Érudit et émouvant, ce documentaire accompagne de nombreuses équipes travaillant aupres des chefs-d'euvre exhumés a Delphes, Pergame, Athenes ou Santorin, et propose en images de synthese une interprétation de l'aspect original de ces sites, qui dessine une vision inédite de l'histoire de la Grece. Il fait également un détour par la Renaissance italienne et le XIXe siecle néoclassique, dont la fascination pour la pureté des formes antiques a contribué a forger le mythe trompeur de la Grece blanche.