La guerre de la drogue au Mexique, pays de transit au centre du trafic mondial, ne cesse de s'intensifier. Depuis 2006, plus de 400 000 personnes ont été tuées, 125 000 sont portées disparues et les fosses communes se multiplient. Dans des villes comme Tijuana, Culiacán ou Doctor Coss, des gangs armés s'affrontent a coups de narcotanks. Face a ces cartels tentaculaires, maîtres de vastes zones du territoire, l'État, miné par la corruption, reste impuissant. En contrepartie de la cocaine d'Amérique du Sud, de la méthamphétamine et du fentanyl, acheminés vers les États-Unis, puis l'Europe, le Proche-Orient, l'Afrique et l'Asie, des flux d'argent et des armes reviennent dans le pays. Ce commerce illégal (2 % du PIB), qui rapporte des milliards et emploie 185 000 personnes selon les données connues en 2023, assure a ses barons une toute-puissance. Recrutant des jeunes gens issus de quartiers pauvres contre la promesse d'une ascension sociale et d'une protection, les narcotrafiquants infiltrent la justice, la police et l'armée : la collaboration entre le crime organisé et les autorités a ainsi été mise au jour en septembre 2014, lors de la disparition de 43 étudiants d'Ayotzinapa, provoquant des manifestations. Phénomene systémique A l'heure ou l'élimination par l'armée, le 22 février dernier, du baron sanguinaire El Mencho provoque un déchaînement de violences au Mexique, ce nouvel épisode d'une collection documentaire allemande analyse, a travers infographies, éclairage d'experts et témoignages de victimes, dont une journaliste menacée de mort, les mécanismes de ce phénomene systémique. Mais le conflit, qui fait régner la terreur dans le pays, a franchi depuis longtemps ses frontieres. Principale destination du trafic, les États-Unis menacent le Mexique d'une guerre commerciale et n'excluent pas une intervention militaire si le gouvernement ne lutte pas davantage pour y mettre fin. En 2018, le président Andrés Manuel López Obrador, qui avait tenté de le combattre en investissant dans le social et l'éducation, a vu son reve de paix se heurter a la réalité et a l'impunité des cartels. Élue en 2024, Claudia Sheinbaum Pardo a livré 30 chefs de gangs a Washington. Les Mexicains, eux, esperent la justice.