A quatre siecles de distance, Michel-Ange et Auguste Rodin rivalisent dans la représentation du corps, de ses positions et de ses passions. Le rapprochement de leurs productions tient de l'évidence, car une filiation les relie, ponctuée d'échos : la carriere de Carrare, ou l'un et l'autre s'approvisionneront en marbre blanc ; la façon dont les deux maîtres voient l'euvre finie dans le bloc de pierre ; leur gout pour les figures inachevées et d'autant plus émouvantes. Ma libération de l'académisme, écrira Rodin, a été par Michel-Ange, qui m'a enseigné des regles diamétralement opposées a ce que l'on m'avait appris. En le suivant [...], je me suis trouvé dans un autre hémisphere ou décidément je suis resté. Dans l'atelier des artistes Le film de Jérôme Prieur, qui s'éloigne de la biographie des sculpteurs pour s'absorber dans la matiere meme de leurs euvres, épouse les formes, capte l'énergie latente que contiennent les figures immobiles, et cherche a leur donner vie. Entre Rome, Florence, Paris et Meudon, l'eil s'attarde sur les corps patinés du tombeau des Médicis, sur les deux Esclaves ou sur la pieta destinée par Michel-Ange a sa propre sépulture, qui laissent a nu la rudesse du marbre ; de Rodin, on observe des pieces phares - Le baiser, La porte de l'Enfer -, des étapes, des métamorphoses, des séries, comme les différents états de son monument a Balzac ou des bustes de George Bernard Shaw et de Clemenceau, ébauches en argile puis en plâtre d'une folle vitalité. Fruit d'une remarquable plongée dans les archives, cet essai documentaire met en scene un dialogue magistral, dépouillé, entre les deux artistes. Sans recourir a aucun entretien ou commentaire, il donne a entendre leurs voix, mais aussi, comme des reportages d'époque, celles de leurs contemporains - écrivains, critiques, modeles ou sculpteurs -, qui ont été les premiers témoins de leur travail. Avec une grande poésie, le film invite a entrer dans l'atelier des deux grands génies de la sculpture.