A l'origine du Studio 54, il y a une bromance. Celle qui soude des l'université deux jeunes gars de Brooklyn aux tempéraments opposés : l'extraverti Steve Rubell et le taiseux Ian Schrager. Animés par une meme soif de réussite, les deux amis aspirent a monter un projet ensemble. Fascinés par l'énergie qui se dégage des clubs gay clandestins, parmi les premiers a passer du disco, ils s'y amusent en les étudiant de pres. Le tandem s'entiche d'un ancien opéra situé dans un quartier alors glauque, sur la 54e rue de Manhattan, qu'il va remodeler en lui conservant sa théâtralité. Le balcon, par exemple, abritera de discretes étreintes et offrira un étourdissant point de vue sur le dancefloor : disco a fond, corps moites et dénudés, drogue en libre circulation, stars a gogo... Pour pénétrer au Studio 54, nul besoin d'etre riche, mais il faut avoir de l'allure : les ploucs en chemise polyester sont écartés, une frontiere sociale invisible et infranchissable qui fera grincer des dents. Despotique a l'extérieur, le club se révele libertaire a l'intérieur. Car, dans ce parc d'attractions pour adultes, tout est permis : les barrieres raciales tombent, les gays s'embrassent en public et les personnes trans se sentent en sécurité. Pendant que Steve Rubell se mele a la foule en transe, assumant enfin son homosexualité, Ian Schrager, le chef d'orchestre, s'active en coulisses pour imaginer les festivités des jours suivants. Liberté et exces En 1980, trente-trois mois apres son ouverture, ce club fréquenté par les célébrités de l'époque (David Bowie, Andy Warhol, Mick Jagger, Michael Jackson, Stevie Wonder, Calvin Klein, Truman Capote, Liza Minnelli...) ferme, rattrapé par une énorme fraude fiscale. Avide et galvanisé par sa réussite précoce, le duo a détourné des sommes astronomiques. Cette dégringolade réjouit les Américains refoulés du Studio 54 nuit apres nuit. Hors norme par sa théâtralité, sa concentration de stars, sa liberté sexuelle et ses exces, cette boîte de nuit s'est fracassée sur le mur du réel. Riche de nombreux témoignages, dont celui de Ian Schrager, qui se livre avec honneteté, et des enregistrements de Steve Rubell, mort du sida en 1989, le film retrace cette folle trajectoire, tandis que surgissent, au fil de pléthoriques archives, le pire et le meilleur d'une époque hédoniste. La fin de ce club mythique et élitiste se confond avec celle du disco, dont il a contribué a forger la légende.